Janusz Korczak ou le respect de l’enfant

12/06/2009

Periwinkle

Ecrivain, médecin, éducateur, Janusz Korczak est entré dans l’Histoire le jour de sa déportation au camp de Treblinka, accompagnant dans la mort les enfants du ghetto de Varsovie qu’il avait refusé d’abandonner.

Originaire de Varsovie, Janusz Korczak doit, dès l’âge de 12 ans, subvenir aux besoins de sa famille ruinée par l’internement psychiatrique de son père. Il devient précepteur et découvre son goût et ses capacités à communiquer avec les enfants. En observant et en aidant les orphelins perdus dans la ville, il comprend l’ importance de l’ amour, du respect et de l’éducation dans la vie d’un enfant. Il élabore ainsi ses premières théories pédagogiques. De 1896 à 1907, il écrira plus de 600 articles dans des revues spécialisées.

Devenu auteur à succès et médecin, il abandonne une carrière prometteuse pour créer deux orphelinats pilotes, Dom Sierot en 1913, Nasz Dom en 1919. Il instaure dans ces établissements une véritable société démocratique, organisée selon des principes de justice, d’égalité en droits et en obligations : "La République des enfants".

Depuis le début du siècle, Korczak œuvrait à une refonte complète de l’éducation et du statut de l’enfant, sur des bases constitutionnelles entièrement nouvelles, privilégiant la sauvegarde et le respect absolu de l’Enfance. Ses multiples écrits pour enfants et pour adultes (Comment aimer un enfant, Le roi Mathias 1er), l’exemple de ses deux orphelinats modèles organisés en républiques d’enfants (« Dom Sierot » créée en 1912 et « Nasz Dom » ; en 1919), ses émissions de radio, son journal national d’enfants (Maly Przeglad) ont fait la joie de générations entières de petits polonais.

En artiste tout autant qu'en scientifique et clinicien dévoué, il incarnait une véritable pédagogie du respect, une école de la démocratie et de la participation qui font aujourd’hui universellement référence.

Sur le plan pédagogique, l’œuvre de Korczak s'inscrit dans la lignée de « l’Éducation nouvelle», aux côtés de :

Janusz Korczak lui-même est de plus en plus étudié comme l’un des précurseurs de la pédagogie institutionnelle ou l’autogestion pédagogique. Ce n'est pas le cas (par méconnaissance sans doute…), mais il pourrait tout aussi bien être aussi reconnu comme un « pédagogue autogestionnaire », aux côtés de Paul ROBIN, Sébastien FAURE et Francisco FERRER (1859-1908), anarchiste espagnol qui reste le seul pédagogue avec Korczak à avoir été assassiné pour ses idées (pour ce dernier, en les mettant en actes jusqu'au bout sans chercher à s'enfuir du ghetto de Varsovie).

Dans le domaine des droits de l’enfant, il est aussi le précurseur reconnu de la mise en pratique des droits positifs de l’enfant (droits d’expression, de participation, d’association, etc.) officiellement établis le 20 novembre 1989 par les articles 12 à 17 de la Convention des Nations Unies pour les droits de l’enfant (CIDE, cf. texte multilingue), un texte et un acte politique majeur dont il exigeait l’élaboration depuis la fin du XIXe siècle.

Soixante ans après sa mort, l’histoire et l’œuvre littéraire, pédagogique, philosophique et sociale du « Vieux docteur », encore méconnues en France, interpellent plus que jamais l’ensemble des pratiques et des regards des adultes sur les enfants et les jeunes.

« L'éducateur n’est pas tenu de prendre la responsabilité de l’avenir éloigné d’un enfant, mais il est entièrement responsable de son présent. Je sais que cette idée sera source de malentendus. L’opinion générale affirme l’inverse ; si elle est sincère, cette opinion est selon moi erronée. Mais est-elle sincère ? Cela ressemble bien à un mensonge. […] Il est plus commode de négliger le présent d’un enfant au nom des lendemains radieux. »                            Janusz Korczak