Déconstruction de la notion de « Projet »

This topic contains 510 replies, has 35 voices, and was last updated by  Simon 3 years, 10 months ago.

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  • #119660

    sébastien
    Member

    Bonjour

    Pour rappel , la pédagogie c’est l’ensemble des méthodes et pratiques d’enseignement et d’éducation ainsi que toutes les qualités requises pour transmettre un savoir quelconque.

    Et si cette activité (laser truc et bolwing …qui peuvent faire partie d’un projet plus large dans le temps) n’étais qu’un simple outil qui permettraient aux animateurs un accompagnement vers l’acquisition de savoir être….
    Ce n’est qu’une question!

    #119664

    Matim
    Participant


    GGGuiz a écrit :
    Shaa et Matim : En quoi c’est mal d’amener des enfants au LaserQuest/bowling/macdo ? Pourquoi c’est « antipédagogique » ? Parce que les enfants s’amusent ?

    Mal ? En ce qui me concerne je ne pense pas être dans l’analyse simpliste  » c’est mal / c’est bien « …
    Ce que je dis c’est que c’est un projet, certes basique, mais surtout c’est du niveau zéro de la pédagogie et de l' »animation ».
    Donc par pitié ne l’appelez pas projet pédagogique ! projet d’amusement à la limite, projet d’éducation à la consommation certainement.. Pas besoin d’être animateur diplômé et formé pour mettre en place ces 3 projets (laser, mac do, bowling) n’importe quel parent est capable de cela… sans formation.

    Pour rappel , la pédagogie c’est l’ensemble des méthodes et pratiques d’enseignement et d’éducation ainsi que toutes les qualités requises pour transmettre un savoir quelconque.

    Alors aux vues de cette définition je suis curieux de connaitre les objectifs pédagogique de la sortie Mc Do …

    **

    #119665

    Import
    Member

    Ce que dit franck lepage n’est pas d’arrêter de faire des projets, c’est de ne pas laisser les entreprises s’accaparer du mot « projet »..

    Euh, je ne suis pas sûr qu’il dise ça… Ou plutôt, je suis presque sûr qu’il ne dit pas ça… Ça, c’est la façon dont tu as envie de comprendre ce qu’il dit de manière à être d’accord avec lui.

    Shaa et Matim : En quoi c’est mal d’amener des enfants au LaserQuest/bowling/macdo ? Pourquoi c’est « antipédagogique » ? Parce que les enfants s’amusent ?

    #119672

    Matim
    Participant


    Shaaa a écrit :
    Est-ce que c’est du « projet » ou un produit vendu aux familles ?

    Salut.
    Qu’on soit d’accord ou pas ça reste un projet au sens premier du terme.
    Mais il ne peut pas se prévaloir du qualificatif « pédagogique  » .

    Vendre de la soupe aux personnes qui attendent ça bouche ouverte, c’est un projet… commercial.

    **

    #119690

    Shaaa
    Participant

    Ahem.

    Quand des structures de loisirs sous couvert de « projet » pédagogique et de « projets » d’activité font des sorties à LaserMachin, Bowling, MacDo,… afin d’attirer les familles, de remplir leur centre (et leur minibus) mais aussi toucher plus de prestations de la CAF.

    Est-ce que c’est du « projet » ou un produit vendu aux familles ?

    #119692

    ZePouet
    Member

    C’est vrai qu’il fait peur Franck avec cette notion de projet..

    Mais à la différence du monde de l’entreprise, nous ne sommes pas des vendeurs de projets! on assomme pas notre public avec des projets, on les construits ensemble, on se questionne, on les remets en question, on ne vends pas un produit, le bénéfice ne va pas dans les poches de quelques actionnaires. Le bénéfice que l’on recherche va dans la tête de notre public par sur un compte bancaire, permettre la prise de conscience, le bonheur, l’entre aide..

    Ce que dit franck lepage n’est pas d’arrêter de faire des projets, c’est de ne pas laisser les entreprises s’accaparer du mot « projet »..

    à nous de lui donner une connotation ‘positive’ et vraie!

    #122606

    Pour en savoir un peu plus sur Franck LEPAGE, ses acolytes et ce qui ce cache sous le pavé :

    SOUS LE PAVE…

    #122630

    Import
    Member

    Pour ceux que ça intéresse, le spectacle de Franck Lepage est visionnable ici : http://www.alpesolidaires.org/incultures-conference-gesticulee-de-franck-lepage (et c’est une version de qualité, les premières renvoyées par google sont inaudibles…)

    Il s’agit d’une « conférence gesticulée » autour de l’éducation populaire. On y trouve une dénonciation de ce qu’est devenue l’éducation populaire, où s’affrontent désormais des « projets » (produits) sur le marché des « subventions ». Une critique de la novlangue qui sévit sur ce marché en faveur des populations « défavorisées » (et non pas « exploitées », il faut mieux accuser la malchance que désigner un exploiteur).

    Franck Lepage revient aussi sur son parcours, et sur la façon dont sa rencontre avec Christiane Faure lui a ouvert les yeux sur son métier antérieur, « prophète » de la novlangue capitaliste. On trouve dans le spectacle un sketche marquant sur la langue de bois qui sévit dans le domaine de l’éducation populaire… Franck Lepage s’amuse à prendre ces concepts au hasard pour former des discours-types qui ne veulent rien dire et dont on nous abreuve sans fin : Démocratie, citoyenneté, lien social, etc.

    On y parle aussi de l’absurdité totale de la fusion « jeunesse et sports », de la dépolitisation de la culture (la politique consistant à poser des jugements de valeur, la culture indiquant qu’une « expression culturelle » n’a pas à poser de jugement sur une autre « expression culturelle »…)

    Dans le spectacle, en plus du passage cité par Bourricot, Franck Lepage montre que le « projet » transforme tout ce qui bouge en marchandise. L’amour, la santé, la solidarité, etc, devenant les produits d’un nouveau marché…

    #122739

    moilapa
    Member

    Point de vue tout à fait en adéquation avec ce qui est dit par certains sur le forum depuis quelques temps, en adéquation avec les échanges que l’on peut avoir « sur le terrain », les observations depuis des années…

    Ce texte démontre bien toute l’absurdité de cette pensée, que l’on applique à tous les niveaux, partout, sans distinction, sans qu’il ne soit plus question du sens (mais bordel, à quoi ça sert ???), comme de demander à des animateurs qui arrivent dans l’animation et n’ont aucune expérience de ce peut être ce rapport à l’autre dans le cadre d’une animation, qui n’ont pas vécu cette complexité, de mettre par écrit ce dont il n’ont pas fait l’expérience, d’analyser et de faire des retours sur ce qu’ils n’ont pas vécu !!!! Quand il faut des années pour commencer à entrevoir un début d’ébauche de l’amorce de l’embryon d’un essai de brouillon (et encore !)

    Pour parodier le fonctionnement de cette pensée : être un chercheur de l’animation avant d’avoir été animateur.

    Comme déjà écrit, notamment sur le post « quelques petites interrogations sur les claé » : il s’agit bien de remettre en cause notamment le projet pédagogique, la demande de « projet d’animation » aux animateurs avant que ceux-ci ne réalisent une animation… Toutes ces choses qui ne veulent plus rien dire.

    #12674

    Simon
    Keymaster
    #122784

    Simon
    Keymaster

    […]Et selon vous, quel est le mot qui arrive « number one » en tête de
    quatre-vingt-dix ouvrages de management de l’année 2000 ?

    Mesdames et Messieurs, je vous présente notre ennemi : le « projet » !

    Si nous ne parvenons pas à combattre ça, nous sommes foutus ! Nous
    sommes foutus, parce que ce satané mot – qui est tellement positif par
    ailleurs ! – ce satané mot a tellement colonisé nos façons de penser en
    vingt ans – c’est un mot récent – que nous ne parvenons plus à penser en
    dehors de lui !

    Nous estimons que les jeunes doivent avoir des projets. Nous disons de
    certains jeunes qu’ils n’ont pas de projets. Nous estimons que les
    pauvres doivent faire des projets ! Les gens le plus en difficulté, pour se
    projeter dans l’avenir, on leur demande des projets !

    Les seuls à qui on ne demande pas de projets, ce sont les riches.
    Nous estimons qu’il nous faut avoir un « projet de vie ». Manifestement
    « vivre » ne suffit plus ! Nous devons transformer notre propre vie en un
    processus productif ! Parce que ce mot, Mesdames et Messieurs, est un
    mot qui transforme tout ce qui bouge en un produit ! C’est-à-dire en une
    marchandise. Des choses qui, jusqu’à maintenant, échappaient à la
    logique de la marchandise – du social, de l’éducatif, du culturel… – à
    partir du moment où on les fait sous cette forme-là…

    Cela signifie qu’au lieu de travailler dans un quartier sur huit ans, dix
    ans, douze ans – ce que nous faisions dans les années 1960, quand on
    était éducateur ! – aujourd’hui, on réunit un groupe de jeunes… Avec
    eux, on monte un « projet ». Ce projet dure un an. On défend ce projet
    en échange d’une subvention, en concurrence avec d’autres porteurs de
    projets. Ce projet n’est pas fini, qu’on est déjà en train de préparer le
    projet suivant pour obtenir la subvention suivante.

    A partir du moment où l’on fait ça, Mesdames et Messieurs, on rentre
    dans la définition marxiste de la marchandise.
    La marchandise, c’est un bien ou un service réalisé dans des conditions
    professionnelles, qui teste sa pertinence sur un marché en concurrence
    avec d’autres biens ou services équivalents. Et bien, Mesdames et
    Messieurs, le mot « projet » est un mot qui, insidieusement, transforme
    notre vie en un processus de marchandise.[…]

    Franck Lepage, Inculture(s), L’éducation Populaire, Monsieur, ils n’en ont pas voulu!

    Ce passage du spectacle de Franck Lepage en a questionné plus d’un sur leur pratique. Il faut dire que le fonctionnement par projets est tellement ancré dans le travail des équipes d’animation, que nous en avons même plus remis en question sa nécessité, son existence même.

    Pourtant, ce qui est habilement démontré et ceci même en amont dans le spectacle, c’est que les associations et acteurs de l’éducation populaire n’ont en vérité aucune emprise voire de liberté. C’est le pouvoir qui en institutionnalisant et en imposant des « conventions d’objectifs », la mise en concurrence par le biais des DSP et offres de marchés qui tient largement la bride. Tout ceci dans un unique but : acheter la paix sociale.

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